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L'amour est gâché non seulement par le mariage, mais par la seule possibilité du mariage. Le spectre du mariage, agitant ses chaînes - les chaînes du mariage, il va sans dire ! - empoisonne tout amour avec une jeune fille. A l'instant où je me dis que je pourrais... non, je ne veux même pas prononcer ces mots... mon amour pour vous s'affaiblit, comme sous l'effet maléfique d'un charme. Si je chasse cette idée funeste, aussitôt il se redresse et pète le feu.
Par un écrivain indien de Trinidad, le récit d'un voyage en Inde en 1962-1964. L'ouvrage a fait l'objet de vives critiques dans la presse anglo-saxonne.
-... Il y a trois cents lépreux dans Paris, dont vingt seulement sont hospitalisés, et dans la salle commune, encore. Les autres se promènent la canne à la main. Peut-être le garçon qui nous a servis... Il y a des femmes qui ont vécu trente ans avec un mari lépreux et n'ont pas été contaminées. Tout ce que je vous dis, ce ne sont pas des boniments qu'on m'a racontés pour me rassurer. On me l'a dit, mais je l'ai lu aussi dans un livre de médecine. Vous n'avez qu'à en acheter un. -Mais comment avez-vous attrapé cela ? Si vous l'avez attrapé, car je ne peux pas y croire. - Avec une femme.
Quand Mlle Dandillot venait, le soir, avenue Henri-Martin, son premier geste était d'éteindre l'électricité. Et il s'était fait une sorte de rite. Il la déshabillait peu à peu tandis qu'elle restait debout et petite devant lui, dans sa pose familière, le front un peu baissé, le regardant sans la moindre fausse honte, avec ses yeux bleu sombre, plus grands et plus sombres - presque noirs - dans l'obscurité de la pièce, comme s'ils avaient bu en partie les ténèbres de la nuit (c'était pour cela que cette nuit était si claire au-dessus du monde).
Roman anticolonialiste rédigé en 1930-1932. Publication différée par l'auteur jusqu'en 1968. Le héros est un jeune officier français qui, s'étant épris d'une jeune Bédouine, se met à réfléchir à la "question coloniale".
La tauromachie est le sujet central de ce roman de 1926 dont l'intrigue sentimentale est secondaire. L'oeuvre appartient, avec La relève du matin (1920), Le songe (1922) et Les Olympiques (1924), au cycle "héroïque" de l'auteur.
Ces textes, datés de 1928 à 1969, ont pour thème commun d'être inspirés par des scènes ou des paysages parisiens. C'est seulement en les relisant qu'on a découvert que leurs sujets principaux étaient les femmes, les gosses, les bêtes et les morts. Il n'y a là nulle idée préconçue. Les textes du Fichier parisien ne quittent que peu un certain ton d'amusement, qui est l'amusement, l'enjouement avec lequel ils ont été écrits, sauf en quelques endroits plus graves. C'est ce qui fait, si l'on peut dire, leur seconde unité.
Le récit d'une histoire d'amour et de passion charnelle. L'extase et le bonheur d'un homme qui s'éprend d'une splendide Martiniquaise... et puis sa lente descente aux enfers quand celle-ci s'en va. Un thème pas neuf du tout, mais dont l'auteur a su, selon Folch-Ribas, faire "un texte envoûtant", "un chef-d'oeuvre du genre".
L'expression roman fleuve devrait, sans connotation péjorative, désigner une œuvre qui prend le temps de charrier mille petites particules d'impression pour les infuser dans l'esprit d'un lecteur captivé. En somme, elle devrait avoir été créée pour désigner La Recherche proustienne, qui s'ouvre Du côté de chez Swann et s'achève une fois Le Temps retrouvé.
Avant tout, sans doute, il y a une histoire, une vraie histoire, qui dès les premières pages donne envie d'aller jusqu'au bout. Rose-Marie Carpe naît et grandit en province dans un univers fade et jaune, entourée de son frère et de ses parents. Puis elle arrive à Paris, devient Rosie Carpe, rate ses études et se retrouve à travailler dans un hôtel de banlieue, où elle commence à sombrer jusqu'à ce qu'elle atteigne le "bout du rouleau" et parte en Guadeloupe retrouver un frère aux abois et des parents effrayants. C'est là que le livre commence, dans un vague aéroport, où Rosie, un enfant à la main, un autre (de père inconnu) dans son ventre, attend son frère. C'est là qu'elle rencontre Lagrand, l'autre héros du livre. La fin, terrifiante, a lieu dix-neuf ans plus tard. Mais cette vie romanesque aux multiples intrigues et rebondissements n'est que la matière de l'écriture de Marie Ndiaye qui en fait une histoire envoûtante, dérangeante, où tout se passe dans la tête des personnages, dans les descriptions hallucinantes de leurs pensées, leurs craintes, leurs désirs. C'est un livre terrible et, dans le même temps, réjouissant, parce qu'il va au fond des êtres, ne leur pardonne rien, ou peut-être tout.
Au plaisir de Dieu, de Jean d'Ormesson, qui a séduit un si grand nombre de lecteurs, était un recueil de faux souvenirs (peuplé de détails authentiques et d'expériences vécues). Au revoir et merci, dont voici une nouvelle édition, est un essai véritablement autobiographique. Il commence par ce portrait condensé : " Trente-sept ans, bourgeois, vie sexuelle normale, plus d'argent que la moyenne, bonne santé, bonnes études, ni beau ni laid, un certain appétit pour la gloire, à défaut pour la publicité : je me présente. Quoi faire ? " Issu d'une lignée d'aristocrates qui ont su se rendre illustres à travers l'histoire de France, suffisamment nourri de préjugés pour les dominer avec un cruel humour, Jean d'Ormesson se pose constamment une interrogation rieuse, lucide et sans illusion sur son rapport à la famille, à la société, à l'époque dont il est le filtre et le témoin. Il se situe, par dessus tout, avec ironie et gravité, en face de son irrésistible vocation d'écrivain. A travers une féroce autocritique, le lecteur voit peu à peu se dessiner et prendre un étonnant relief les grands thèmes secouant notre fin de siècle. Les problèmes vitaux sont posés, dans ce texte, sur un ton de véhémence souvent farceuse, parfois tendre. Mais ils sont soutenus du début à la fin par une volonté courageuse : y voir un peu plus clair dans l'homme d'aujourd'hui comparé à celui d'autrefois apparaît ici comme un devoir.
Souvenirs d'enfance et de jeunesse, ordonnés autour d'une grand-mère, pauvre bergère italienne, et d'un quartier populaire de Nice: Saint-Roch. Sympathique, simple et savoureux, et comme l'écrit Kessel "un livre qui dit la gloire lumineuse des humbles". Récit destiné en priorité aux immigrés italiens en France et aux méridionaux français.
Marcel Proust est probablement le premier des grands écrivains qui ait franchi les portes de Sodome et Gomorrhe en flammes. Il songea d'ailleurs à donner le nom des deux cités bibliques à l'ensemble de son oeuvre - l'objet véritable de son étude n'est pas l'idéalisation d'une passion singulière ni l'explication philosophique de son mystère ni la psychologie amoureuse de ses desservants - psychologie qui obéit simplement aux lois générales de l'amour. C'est le portrait vivant, incarné par le plus hautain des seigneurs, de "l'homme traqué " par la société, en révolte latente contre elle, c'est la lutte de la nature contre la morale. Léon PIERRE-QUINT. Sodome, c'est M. de Charles et Gomorrhe, Albertine. Entre ces deux figures, chacune étant le centre d'une tragi-comédie dont le spectateur ne fait que percevoir les échos mêlés, le héros du livre, celui qui parle à la première personne, poursuit son voyage à la recherche du temps perdu.
Alexis contre les Barbares. Cette chronique d'un fabuleux empire imaginaire est un pastiche très réussi des récits historiques classiques du 19e siècle.
J'éprouvais un sentiment de fatigue et d'effroi à sentir que tout ce temps si long non seulement avait, sans une interruption, été vécu, pensé, sécrété par moi, qu'il était ma vie, qu'il était moi-même, mais encore que j'avais à toute minute à le maintenir attaché à moi, qu'il me supportait, moi, juché à son sommet vertigineux, que je ne pouvais me mouvoir sans le déplacer comme je le pouvais avec lui.
Récit aussi insolite qu'exotique. Une famille martiniquaise: la grosse épouse immobile, le mari frustré, la soeur geignarde, le beau-frère justicier et le neveu complaisant. Leurs aventures, racontées avec humour, font merveille.
Cette vaste autobiographie fictive propose une sélection très organisée de sensations et de souvenirs en vue d'une révélation ultime (dans Le temps retrouvé). Le rôle essentiel de la mémoire involontaire sur laquelle se fonde A la recherche du temps perdu est de "permettre la lecture consciente du désir inconscient qui s'épuise dans des déguisements successifs".
Albertine disparue est le dernier volume revu et remanié par Proust avant sa mort. Prévu d'abord sous le titre La Fugitive, comme le pendant de La Prisonnière, il présente la fin de l'épisode d'Albertine : sa fuite, sa mort, le chagrin, puis l'oubli. Le huis-clos de La Prisonnière s'achève, non sur l'apaisement, mais sur une multiplication des regrets et des enquêtes posthumes. Un long passage conduit Marcel à Venise, depuis toujours cité de ses désirs, maintenant univers thématique dense où nous retrouvons sa mère, Mme de Villeparisis et M. de Norpois. Il s'y livre à la fois à l'éblouissement esthétique et à de nouvelles poursuites amoureuses. À la fin de sa vie, Proust songeait à développer ses recherches sur l'homosexualité dans un Sodome et Gomorrhe IV, un Sodome et Gomorrhe V et au-delà, avant d'en arriver au Temps retrouvé. D'où les remaniements profonds - allant jusqu'à l'étonnante suppression des deux-tiers du volume - qu'il fit subir à Albertine disparue, sans pouvoir les conduire à leur terme. Nous donnons de cette partie l'édition qui nous paraît la plus plausible, comprenant le texte initialement prévu et faisant apparaître clairement les modifications apportées dans les derniers jours.
Chloé - 5 ans - passe ses vacances d'été en Malaisie avec Paul, son père, de 50 ans plus âgé qu'elle. Une connivence de tout instant les unit, une complicité dans l'aventure improvisée qui les conduit de l'île de Pinang et sa superbe maison coloniale aux plages torrides de la côte est, par le survol des jungles montagneuses, des rizières, des lagunes, au hasard des rencontres et de jeux où surgit par éclair une scène du passé. Chloé, influencée par ses lectures - toutes les bandes dessinées anglaises, chinoises, qui lui tombent sous la main - se voit espionnée par d'étranges personnages à éclipse. Paul conforte sans déplaisir une affabulation qui peu à peu se retourne, se révèle juste en fin de compte et trouve à Malacca - ville-butoir de conquérants Blancs - un dénouement fantastique inattendu.
Cette vaste autobiographie fictive propose une sélection très organisée de sensations et de souvenirs en vue d'une révélation ultime (dans Le temps retrouvé). Le rôle essentiel de la mémoire involontaire sur laquelle se fonde A la recherche du temps perdu est de "permettre la lecture consciente du désir inconscient qui s'épuise dans des déguisements successifs".
Louis voulait devenir administrateur colonial. Ou était-ce l'ambition de sa mère, Marguerite, bien avant l'existence de l'École coloniale ? À force de lectures boulimiques, entre deux aventures amoureuses, Louis fut enfin reçu, Marguerite enfin comblée. Mais, malgré l'année d'adieu effectuée auprès de la famille Orsenna, les pays lointains tant convoités devinrent soudain effrayants et Louis refusa de partir... c'est donc son fils Gabriel, oui, le Gabriel même de Grand Amour et de Longtemps, qui dut incarner le rêve de sa grand-mère. Dans la veine ironique et picaresque qui est la sienne, Erik Orsenna raconte Gabriel, son double, l'enfance à Levallois, l'amour pour Anne et Clara, qui firent de sa vie une exposition coloniale : "Un faux empire, des rêves trop grands, un spectacle pour les familles."
"Une version laïque du Golem?" (M. Van Renterghem). "Pseudo-roman-feuilleton" d'un auteur "érudit dans l'âme". Un labyrinthe où "entre deux clins d'oeil de connivence littéraire", "l'auteur multiplie les machinations et les pistes" (P. J. Franceschini). Des frères ennemis à la recherche d'un automate fabuleux, d'une créature animée, capable de se mesurer au cerveau humain" (M. Van Renterghem). Un roman baroque et virtuose.
Une verve irrespectueuse anime ce récit-témoignage de 1947 dans lequel l'auteur français raconte ses souvenirs de captivité (en Allemagne).
Roman tropical dans la pittoresque atmosphère du précédent La grande drive des esprits (Le Serpent à plumes, 1993). Le destin de trois femmes qui résistent à leur façon dans la Guadeloupe d'aujourd'hui.
1945 : l'après-guerre s'installe en France, et avec elle un " esprit français " qui renaît de ses cendres. Louis Armin rencontre Bénédicte, ils se marient, participent, chacun à leur manière, à l'air du temps : Louis, ingénieur, s'engage dans la reconstruction du pays, et Bénédicte devient mère de deux enfants, Clara et Charles, dignes représentants de la France de demain. Et c'est à travers les aléas d'existence de cette famille bien française que l'on va suivre le pas à pas de l'Histoire : la guerre froide, l'Espagne franquiste, De Gaulle et la chute de l'empire colonial, les débuts difficiles de la Ve République. A leur manière, tantôt gaie, tantôt grave, les Armin résistent à l'ordre qui s'installe.
L'année de cinquième : la découverte de la " vocation " poétique ; Lagneau, le cancre héroïque et encore et toujours Lili, qui, en compagnie de Marcel, soutient Joseph lors d'une partie de boules d'anthologie... Annoncé comme " à paraître " dès la sortie du Temps des secrets, Le Temps des amours (1977) sera différé par un Pagnol pris par d'autres projets et qui, peut-être, retardait le moment de quitter les héros de son enfance. Personne n'y croyait plus lorsque, trois ans après la mort de l'écrivain. ses proches trouvèrent dans ses dossiers un certain nombre de chapitres achevés qui, mis bout à bout, constituaient ce Temps des amours si longtemps attendu. Plus hétéroclite que les trois premiers. ce quatrième volume contient pourtant certaines des plus belles pages de Pagnol, notamment une histoire de la peste à Marseille à laquelle l'écrivain tenait particulièrement. " Ce n'est que bien plus tard que je découvris l'effet le plus surprenant de ma nouvelle vie scolaire : ma famille, ma chère famille, n'était plus le centre de mon existence. "
Nous sommes en 1884, il n'est pas de bon ton de proclamer dans un estaminet que "Quand on a lu L'Assommoir, on a envie de foutre des bombes partout". Sur cette simple déclaration, Victor va devoir purger une peine de prison. Un an ferme. L'occasion justement de lire de près Zola et Balzac, que Victor a enfin l'autorisation de se procurer après quatre mois de bonne conduite. En sortant de la prison Saint-Paul à Lyon, Victor a compris quelque chose. On ne doit jamais se résoudre à accepter le sort et la fatalité. D'ailleurs, il n'y a pas de sort, il y a des hommes qui partent à la conquête de leur liberté et qui transforment le monde. Lui qui était indolent, rêveur et docile, devient un frondeur et un homme d'action politique. On accepte de l'embaucher de nouveau à l'usine. Soit, il y retournera. Mais, cette fois-ci, c'est pour se mettre du côté des travailleurs et faire respecter leurs droits. Et si le syndicalisme ne suffit pas pour dire la vérité de la misère sociale, Victor prendra la plume et deviendra journaliste. Patrick Poivre-d'Arvor livre avec L'Irrésolu, une fiction historique à mi-chemin entre le roman feuilleton et le roman social. À l'encontre des modes plébiscitant le roman du Moi, L'Irrésolu s'affirme comme un roman du retour à l'éveil de la conscience historique et politique. Il est étonnant et plaisant de trouver à travers Poivre-d'Arvor les traces d'Eugène Sue et d'Émile Zola. À suivre.
Autrefois, l'île de Saint-Félice était peuplée d'Indiens à la peau cuivrée. Et puis les Blancs sont arrivés ; ils ont planté la canne à sucre et fait venir d'Afrique des Noirs qu'ils ont enchaînés, et des femmes qu'ils ont violées... Teresa Francis a la peau blanche, quinze ans et ne sait rien de la vie. Elle ne sait pas que son teint, privilège et provocation, poussera ce garçon presque aussi jeune qu'elle à enfreindre les vieux tabous. Aujourd'hui, les hommes de Saint-Félice s'entre-tuent. Parce que leur peau va du noir au blanc. Parce que les planteurs ont eu des enfants de leurs servantes noires et indiennes. Parce que les adolescentes comme Teresa ne connaissent rien de la vie. Les hommes de Saint-Félice s'entre-tuent, et pourtant ils sont frères.
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