Our French Library
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Roman d'amour sur fond de guerre (1939-1945). Suite du Vésuve. Simple et chaleureux.
Court roman qui cherche comme son narrateur le dit "la vérité dans la profusion de l'invention". Vaut par le style et le ton - exotique et parfois fantasmatique - plus que par l'intrigue-prétexte.
Nostalgies corses. Le narrateur retrouve le café de l'Empire que sa mère vient de vendre. Une écriture proustienne qui sauve de l'oubli des êtres et des choses "pitoyables, sordides mais pathétiques".
Il m'arrivait de me réveiller la nuit et de penser jusqu'à l'angoisse à nos proches lendemains : je me penchais alors sur le visage de Nora qui, dans l'abandon du sommeil, reflétait une confiance si enfantine que j'en étais honteux. Saurais-je me montrer digne des espoirs qu'elle mettait en moi ? Une femme n'est jamais aussi belle que lorsqu'elle dort et se laisse rêver. J'effleurais ses lèvres, entrouvertes comme celles d'une paysanne qui dort sous l'arbre, écrasée de fatigue, après la vendange. Nos souffles se mêlaient et Nora passait la main sur son visage, gémissait, balbutiait : des mots qui lui venaient de la vie d'où je commençais à être exclu et qui étaient comme les bulles qui crèvent à la surface du marais et témoignent d'une sourde activité sous l'eau dormante... Si elle avait ouvert les yeux à ce moment-là, je lui aurais crié mon amour.
Apprécié de la critique française, ce roman dur et pudique, tendre et virulent, a pour narratrice-héroïne une femme anonyme à différents âges - sept ans, trente ans, neuf ans, quinze ans, très marquée par les manoeuvres incestueuses de son père. L'auteur prend soin de préciser sa cible: "le malheur n'est pas le sexe et pas non plus l'inceste. Le malheur c'est le Patron", c'est-à-dire le pouvoir et l'oppression. La famille et son ciment fait de respectabilité, d'honneur et d'hypocrisie en prennent un coup.
Bon roman d'aventures, bien écrit et comportant une référence historique comme la plupart des autres récits de cet écrivain.
Une oeuvre caractéristique de la littérature "objectale" (une facette du Nouveau roman) avec détective maladroit et "accidents" venant rompre l'ordonnance du/des système(s).
Le roman du bonheur difficile. Un jeune médecin aime deux femmes et cache un meurtrier sympathique. Une réflexion romanesque autour de la notion d'ordre: "celui que nous imposent les conventions sociales" et "celui qui nous oblige, face à nous-mêmes" (cf. le petit texte de présentation). Quel dénouement possible, autre que tragique?
A cinquante ans, Colas Breugnon, robuste paysan bourguignon du XVIIe siècle, croit avoir gagné le droit de souffler un peu. Un pot de vin à sa droite, un cahier et un encrier devant lui, il entreprend le raconter. Raconter quoi? Tout, les contes d'autrefois et la vie comme elle est, l'anecdote vécue et les bonnes histoires, au rythme des fêtes et des travaux villageois. Le curé de Brèves, aussi fidèle à la divine bouteille qu'au tabernacle. Le berger, le loup et l'agneau, fable lucide sur les petits de ce monde, toujours victimes, même de ceux qui prétendent les protéger... Tout ce qui donne chair à une sagesse rustique, rabelaisienne et lucide. Écrite en 1913-1914, cette réjouissante chronique de son pays natal, au langage coloré, poétique, truffé d'archaïsmes plaisants, est une pause dans la vie d'écrivain de Romain Rolland, après les années consacrées à Jean-Christophe et à la lutte pacifiste. Publiée en 1919, elle apparaîtra rétrospectivement, selon l'expression de Gorki, comme « un défi gaulois à la guerre ».
Donc j'étais tout à l'heure au Jardin public. La racine du marronnier s'enfonçait dans la terre, juste au-dessous de mon banc. Je ne me rappelais plus que c'était une racine. Les mots s'étaient évanouis et, avec eux, la signification des choses, leurs modes d'emploi, les faibles repères que les hommes ont tracés à leur surface. J'étais assis, un peu voûté, la tête basse, seul en face de cette masse noire et noueuse entièrement brute et qui me faisait peur. Et puis j'ai eu cette illumination. Ça m'a coupé le souffle. Jamais, avant ces derniers jours, je n'avais pressenti ce que voulait dire " exister ".
Sagesse et sérénité sont au rendez-vous en ce récit-miroir où l'amour et l'écriture se conjuguent à l'infini.
Premier roman (1953) d'un écrivain qui a heureusement récidivé. Ce récit mélancolique évoque l'innocence d'un enfant qui transforme poétiquement l'ambiance sordide dans laquelle il respire.
Peut-être que si nous posions la question suivante à Alex Portnoy : "Si vous deviez tirer un trait sur une partie de votre anatomie, laquelle choisiriez-vous ?", il nous répondrait : "Mes organes génitaux, mon schlong en yiddish"... juste avant de changer d'avis. Pourtant, la sexualité c'est bien le problème d'Alex... Brillant élève puis cadre supérieur en vue, écrasé par l'autorité de ses parents si démesurément attachés à la tradition juive américaine, Alex n'en reste pas moins un obsédé. Et les terribles fantasmes qui le hantent vont s'avérer être les plus lourds fardeaux qu'un homme élevé dans le quartier israélite de Newark ait à supporter... Avec cet humour ravageur qui hésite à choisir son camp, la tendresse ou le cynisme, Philip Roth s'attaque à l'ignorance et à la bêtise qui nourrit les préjugés. Il le fait sans aucune retenue ni aucune pitié pour dresser comme un étendard le témoignage de Portnoy, un cri désespéré pour la tolérance. Avec ce plongeon osé dans la sexualité, Philip Roth s'offre un coup d'éclat littéraire et un passeport pour la renommée...
C'était vers 1907. Le petit et rond Jules, étranger à Paris, avait demandé au grand et mince Jim, qu'il connaissait à peine, de le faire entrer au bal des Quat-z'Arts, et Jim lui avait procuré une carte et l'avait emmené chez le costumier. C'est pendant que Jules fouillait doucement parmi les étoffes et choisissait un simple costume d'esclave que naquit l'amitié de Jim pour Jules. Elle crût pendant le bal, où Jules fut tranquille, avec des yeux comme des boules, pleins d'humour et de tendresse.
Des Allemands s'étaient montrés, prudemment, à l'entrée de la grand-rue. Chasseriau, Pinette et Clapot firent feu. Les têtes disparurent. " Ce coup-ci, on est repérés. " De nouveau le silence. Un long silence. Mathieu pensa : " Qu'est-ce qu'ils préparent ? " Dans la rue vide, quatre morts ; un peu plus loin, deux autres : tout ce que nous avons pu faire. A présent il fallait finir la besogne, se faire tuer. Et pour eux, qu'est-ce que c'est ? Dix minutes de retard sur l'horaire prévu.
Histoire d'amour, récit fantastique (le héros s'entretient avec une femme morte qu'il a aimée), réflexion sur le temps, la création et la musique.
Cette histoire d'un adolescent vendéen très myope, qui a perdu son père à l'âge de onze ans et se retrouve toujours en porte-à-faux, est inspirée de la vie de l'auteur, ancien marchand de journaux et lauréat du prix Goncourt en 1990. Une partie de la critique a privilégié les chapitres dans lesquels le héros, un peu plus âgé, traverse les événements de Mai 1968 à Paris: A. Clavel écrit que le narrateur est une "sorte de Woody Allen chez les enragés" et que le livre est "le grand roman du printemps rouge que l'on attendait". Par son art de "l'intrication de la verve comique et du drame" (P. Lepape) l'auteur s'affirme ici surtout comme un maître du roman familial et de la "mémoire blessée" (J.-P. Denis), comme un "agile zélateur d'une poésie des incertitudes"
Jo de Bagnolet " est née des allocations et d'un jour férié dont la matinée s'étirait, bienheureuse ". Dix enfants vont suivre, apportant en prime à leurs parents la machine à laver, le Frigidaire, la télé, la voiture et le prix Cognac ! Josyane les élèvera tous. Ses seules distractions : les courses et ses devoirs le soir, sur la table de la cuisine. Ses seuls amis, Nicolas, le petit frère qui comprend tout, et Guido, le maçon italien, né sur les collines. L'amour de Guido bouleverse la vie de Josyane, il en chasse toute la laideur et la bêtise. Christiane Rochefort fait ici un tableau criant de vérité des grands ensembles, de ces blocs illuminés la nuit, en plein ciel, si gris le jour, le béton cachant mal la pauvreté. Elle dit, admirablement et avec beaucoup d'humour, le mal de vivre à Bagnolet, à Sarcelles et autres lieux du même type, sans âme et sans arbres. Une oeuvre très forte du célèbre auteur du Repos du guerrier et des Stances à Sophie.
Ivich regardait à ses pieds d'un air fermé. - Il doit m'arriver quelque chose. - Je sais, dit Mathieu, votre ligne de vie est brisée. Mais vous m'avez dit que vous n'y croyiez pas vraiment. - Non, je n'y crois pas vraiment... Et puis il y a aussi que je ne peux pas imaginer mon avenir. Il est barré. Elle se tut et Mathieu la regarda en silence. Sans avenir... Tout à coup il eut un mauvais goût dans la bouche et il sut qu'il tenait à Ivich de toutes ses forces. C'était vrai qu'elle n'avait pas d'avenir : Ivich à trente ans, Ivich à quarante ans, ça n'avait pas de sens. Il pensa : "Elle n'est pas viable."
Nous sommes en 1943, à Cambeyrac, dans l'Aveyron. C'est la guerre. Pourtant, au village, tout semble calme. Julien, lui, s'ennuie un tantinet. Pas étonnant : il passe ses journées derrière les volets clos d'une maison abandonnée. Car Julien se cache : tout le monde le croit mort. Et lui n'a pas l'intention de démentir et d'être expédié en Allemagne... Alors, il se contente d'être spectateur. Pas très drôle. Heureusement, il y a Cécile, la serveuse du café "Les tilleuls". Ah, Cécile... Mais au fur et à mesure que les mois passent, les tensions s'alourdissent. La Milice entre en lice. Les Allemands ne sont plus très loin. La situation de Julien risque de devenir inconfortable... Ce récit, publié en deux volumes, est une vraie réussite grâce à son réalisme et sa justesse de ton. Mais aussi grâce à son dessin, plein de sensualité et baigné de luminosité. La fin, elle, est tout simplement surprenante... Au-delà de son apparente légèreté, Le sursis nous incite à une réflexion sur l'engagement personnel.
Nerval lui-même qualifiait ce recueil de "descente aux enfers". Texte aux accents ésotériques souvent obscurs, Aurélia ressuscite le mythe d'Orphée en une succession de rêves prophétiques et de délires visuels dont les surréalistes devaient faire leur miel. Dans "son petit habit brun de toiles d'araignées", Nerval côtoie sans cesse la folie et, cas unique en littérature, s'y abandonne humblement, en toute lucidité. Même Rimbaud n'ira guère plus loin. Écrivant comme sous la dictée de forces surnaturelles, dans un style haletant, précipité (il se suicidera peu de temps après), le poète se dépouille sans regrets de tous les artifices du réel. Le rêve seul peut répondre à ses questions hallucinées. Images apocalyptiques, cris déchirants ("L'univers est dans la nuit"), Nerval, au fil d'errances sans soleil, cherche à la fois les fantômes de sa mère et de son amour disparus. Il crée pour finir un chef-d'oeuvre unique, une étoile solitaire, et trouve là l'immortalité tant désirée.
Un roman qui pose la question suivante: "Peut-on admirer quelqu'un d'autre, du fond de son être, sans s'humilier soi-même? (B. Poirot-Delpech). Thème central: l'amitié "masochiste" d'un agriculteur de l'Angoumois pour un intellectuel juif exilé en France puis en Argentine.
A New York dans les années 1950, une Française, un Espagnol, une Juive allemande, etc., vivent dans le même appartement et constituent une précaire "république de personnes déplacées".
Le courage des pionniers. Drame dans une compagnie aéropostale qui fait le lien entre l'Amérique du Sud et l'Europe. L'avion de Patagonie est pris dans un cyclone et s'abîme. Prix Femina 1931.
C'est l'histoire d'une obsession qui tourne à l'hallucination auditive. Laura Carlson grandit dans un véritable huis clos étouffant entre une mère folle, une grand-mère despotique et un grand-père distant. Sur la famille pèse un lourd secret, celui de la mort du père en 1945. Laura finit par apprendre qu'il a été tué à Okinawa lorsque son bateau, le Maryland, a été coulé par un avion japonais. Laura pourrait être délivrée d'avoir découvert cette vérité ; au contraire, elle est hantée par le "chasseur zéro" le kamikaze aux commandes de son avion meurtrier, dont elle entend en permanence le grondement dans ses oreilles au point qu'elle ne peut vivre sans boules Quiès. Sa liaison avec un jeune compositeur fasciné lui aussi par la Seconde Guerre mondiale ne fera qu'alimenter ses angoisses. Pascale Roze, née au Vietnam où son père était officier de marine, s'est mise à écrire après avoir lu Marguerite Duras. Loin des intrigues psychologiques classiques, elle bâtit comme une composition musicale à l'atmosphère étrange et inquiétante ce premier roman qui lui a valu d'emblée le prix Goncourt en 1996.
L'auteur-compositeure et romancière franco-marocaine d'origine juive s'interroge sur le mensonge du comédien.
« De manière significative L'Aventure ambiguë, histoire d'un itinéraire spirituel, porte en sous-titre récit. Ce qui frappe en effet le lecteur de ce livre, c'est le classicisme dû autant à la retenue du ton qu'à la portée universelle de la réflexion philosophique. Sans doute l'auteur oppose-t-il à la pensée technique de l'Occident, essentiellement tournée vers l'action, la pensée de l'Islam, repliée sur elle-même, mais, au-delà de cette confrontation, c'est finalement le problème de l'existence qui est posé. On voit par là comment Cheikh Hamidou Kane, échappant à la donnée temporelle et politique de son sujet, l'angoisse d'être noir, débouche sur une réflexion qui nous concerne tous l'angoisse d'être homme. »
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